Cher lecteur,
J’ai toujours admiré Dracula. Cependant mon intérêt pour ce grand classique obéit à des raisons très personnelles… puisque Bram Stoker n’est autre que mon arrière-grand-oncle.
J’ai grandi avec Dracula, qui fait partie intégrante de l’histoire de ma famille. Nous avons tous lu l’ouvrage et, lorsque j’étais étudiant, j’ai même rédigé un essai en cours de littérature anglaise sur les motivations qui incitèrent mon oncle Bram à écrire son roman. En effectuant des recherches pour mon article, je me suis retrouvé littéralement submergé par les nombreuses versions de l’histoire disponibles sous formes livresques ou cinématographiques. Nul doute que mon ancêtre avait su frapper l’imagination du grand public. Ce qui me déconcerta, en revanche, était le peu voire l’absence totale de respect pour l’oeuvre originale. Fort de ce constat, un seul objectif s’imposait à moi : m’employer à défendre et à préserver L’essence même du roman initial.
Au fil du temps, j’ai fini par rencontrer Ian Holt, un jeune homme lui aussi fasciné par Dracula. Enfant, Ian avait été séduit par le charme hypnotique du film de Tod Browning, sorti en 1931, avec Bela Lugosi dans le rôle du légendaire vampire. Plus tard, Ian consacra vingt ans de sa vie d’adulte à se documenter à la fois sur le personnage historique de Dracula et sur le roman homonyme de Bram, ce qui lui permit de donner des conférences et de publier des articles pour des cercles d’érudits du monde entier (y compris en Transylvanie, où il passa une nuit dans le château de Dracula). Ian fut épaulé dans ses recherches par les meilleurs experts en la matière : le regretté Pr Raymond McNally et le Pr Radu Florescu, authentique descendant du prince Dracula. L’idée nous est alors venue d’allier les connaissances de Ian à mon souci de sauvegarder le patrimoine littéraire familial, en décidant d’écrire une suite au célèbre ouvrage de mon aïeul. Le fruit de cette collaboration s’intitule Dracula l’Immortel.
Afin de construire l’intrigue de notre récit, Ian et moi avons consulté les notes de Bram qui avaient précédé la rédaction de son roman, lesquelles sont disponibles au musée Rosenbach de Philadelphie. Nous avons ainsi découvert de nombreuses références à un certain inspecteur Cotford, alors que ce personnage n’existe pas dans la version publiée de Dracula. Tout porte à croire que l’éditeur d’origine l’a purement et simplement fait disparaître. Grâce à ces notes, aux recherches entreprises sur l’époque, et à notre propre imagination, nous avons redonné vie à ce policier. Désormais Cotford joue un rôle clé dans notre récit, en ce sens qu’il enquête aussi sur des meurtres antérieurs à l’histoire racontée. Mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de la manière dont nous avons exploité les idées de mon oncle, parfois de simples ébauches, en tissant peu à peu la trame de Dracula l’Immortel.
Un autre élément servit de base au roman : les anecdotes qui circulaient dans ma famille depuis des générations. J’ai ainsi appris que mon oncle Bram était obnubilé par la façon dont nos actes présents se révélaient tributaires d’événements survenus dans notre passé. Sa manie de changer souvent de profession en est la parfaite illustration. Son expérience d’enfant malade, avec le sentiment d’avoir toujours la mort à ses trousses, le poussa à chercher constamment sa véritable destinée. Ce genre d’indice ne pouvait que conforter la conviction de Ian, selon laquelle la nature rigoureuse de mon oncle l’empêchait de reléguer au second plan le vécu de ses personnages emblématiques. Nul doute que si, selon lui, le passé influençait en grande partie le présent, Bram aurait souhaité éclaircir les points suivants : en quelles circonstances Mina et Lucy se sont-elles rencontrées et pourquoi sont-elles devenues amies ? Pourquoi Renfield fait-il une brève apparition dans l’histoire sans la moindre explication, sans qu’on sache qui il est au juste, ni quels sont ses liens avec Dracula et les autres protagonistes ? Comment un Texan parvient-il à nouer une amitié à vie avec le fils d’un lord anglais et un médecin de la classe moyenne qui a étudié en Hollande ? À toutes ces questions qui taraudent les lecteurs de Bram, Ian et moi apportons une réponse dans notre ouvrage.
Dracula l’Immortel, publié en français par les éditions Michel Lafon, représente bien plus que la simple suite d’un fabuleux récit. C’est un message d’amitié et de remerciements que nous transmettons aux millions de lecteurs de Dracula et d’admirateurs de Bram Stoker dans le monde entier. Sans trahir le grand classique qui l’a précédé, ce roman associe la mythologie vampirique de l’époque de Bram à une thématique actuelle communément admise, tout en restant fidèle à la réalité historique de l’époque.
C’est de surcroît le seul et unique ouvrage à avoir reçu l’approbation de la famille Stoker, et c’est la première fois depuis le film de Tod Browning que celle-ci soutient une adaptation de l’œuvre originale de Bram. Je vous invite à en tourner les pages…
Dacre Stoker




