ian-holtAutant l’avouer d’emblée… J’ADORE les films d’horreur ! Enfant, celui que je préférais, c’était le Dracula de Tod Browning avec Bela Lugosi en vedette, sorti sur les écrans en 1931 et devenu depuis un grand classique. Quand j’avais dix ans, ma mère m’a offert pour Halloween un disque enregistré par Christopher Lee qui racontait la célèbre histoire écrite par Bram Stoker. La simple lecture de la pochette a changé ma vie, car j’ai soudain découvert que la Transylvanie existait réellement et que Dracula était un personnage historique. Et le gamin que j’étais alors s’est juré de se rendre un jour dans cette contrée lointaine et de partir sur les traces du fameux comte, authentique prince au regard de l’Histoire.

L’écoute du disque me donna envie de lire le Dracula de Bram Stoker, et je compris combien le roman différait de ses adaptations pour le grand écran… que j’avais toutes vues. L’ouvrage présentait selon moi des personnages bien plus complexes et bien plus passionnants que je ne l’aurais cru. Me sentant floué par Hollywood, je me promis de venger l’auteur !

Quinze ans plus tard, l’occasion se présenta à moi. Alors que je zappais d’une chaîne à l’autre devant mon téléviseur, je tombai sur un documentaire concernant le tournage du Dracula de Francis Ford Coppola, où le réalisateur présentait l’ouvrage des professeurs Raymond McNally et Radu Florescu (authentique descendant du prince) : À la recherche de Dracula – l’histoire, la légende, le mythe 1. Coppola s’était inspiré de leurs recherches menées sur la véritable existence du prince pour la scène d’ouverture de son film.

Je n’avais pas sitôt éteint ma télévision que je m’envolais déjà pour Boston afin de rencontrer ces érudits. Je leur ai montré quelques notes griffonnées pour le scénario que j’avais l’intention d’écrire en me basant sur leur ouvrage : les professeurs me cédèrent les droits contre un dollar symbolique et devinrent mes associés, mes mentors et de grands amis.

Cette amitié avec McNally et Florescu me permit de voyager en leur compagnie et de donner des conférences sur les influences du roman de Bram Stoker dans notre culture. Ce qui me valut aussi une invitation à prendre la parole lors du premier congrès mondial sur Dracula à Bucarest, en 1995… lequel rassemblait des experts en épouvante venus des quatre coins du globe. Je mettais enfin les pieds en Transylvanie ! Je passai une soirée dans les ruines de la forteresse de Dracula à Poenari, et me rendis dans son palais de Tirgoviste, où je me tins sur le balcon de sa tour de Chindia (littéralement : crépuscule) depuis lequel il avait contemplé la tristement célèbre forêt des Empalés. Je visitai aussi son lieu de naissance à Sighisoara et le monastère de l’île de Snagov, qui abritait sa tombe présumée. Autrement dit, j’avais réalisé mon rêve de gosse.

Grâce aux relations nouées pendant ce congrès, on me demanda de rejoindre la Société transylvanienne de Dracula, qui se consacrait à l’étude du personnage et à son histoire. Je rencontrai à cette occasion le Pr Elizabeth Miller, une autorité mondiale dans le domaine du vampirisme, de Dracula et de Bram Stoker.

Le Pr Miller me demanda ensuite d’intervenir à la Dracula Convention de Los Angeles en 1997, où fut célébré le centième anniversaire de la publication du roman de Stoker. L’événement dura quatre jours et combla tous les rêves des fanatiques de l’épouvante. L’idée me vint alors de concevoir une suite au Dracula initial. Ce n’était certes pas très original en soi, mais jusque-là aucune suite n’avait été écrite en collaboration avec un membre de la famille Stoker. Dès lors, mon but consisterait à obtenir cette contribution !

J’entrai en relation avec le patriarche. Encore blessés par l’affaire Nosferatu, et toutes ces années durant lesquelles Hollywood les avait ignorés et escroqués, les membres de cette génération de Stoker ne voulurent rien savoir. Mais pas question pour moi d’abandonner ! J’ai continué à enrichir à la fois mes relations en rapport avec Dracula et mon CV par la rédaction de scénarios, tout en me préparant pour le jour où la nouvelle génération de Stoker occuperait l’avant-scène…

Cinq ans plus tard, je fis la rencontre de Dacre Stoker, l’arrière-petit-neveu de Bram. Je lui racontai en deux mots mon projet de suite à Dracula, que je prévoyais à l’époque sous une forme scénaristique. L’idée l’enthousiasma et il me suggéra de commencer par la rédaction d’un roman. Je donnai aussitôt mon accord pour une coécriture de l’ouvrage.

Dacre prit contact avec les nombreux membres de sa famille et leur présenta notre projet. Dès lors que chacun comprit qu’il s’agirait d’un travail de passionnés, que nos intentions étaient parfaitement honorables, et que nous voulions réhabiliter aux yeux du monde entier l’histoire et les personnages tels que Bram les avait conçus à l’origine, le soutien du clan Stoker nous fut acquis… enfin.

Dracula l’Immortel vient consacrer le rêve de toute ma vie et des années de dur labeur. Je le dédie à tous les passionnés d’horreur du monde entier. J’espère de tout coeur avoir su donner naissance à un ouvrage fidèle à la conception initiale de Bram… avec quelques touches de modernité. Croyez-moi, cher lecteur, je sais la chance qui est la mienne, d’avoir pu associer modestement mon nom à celui de mon héros, Bram Stoker, le père du roman d’épouvante.